Dominique Potier
Député de la 5e circonscription de Meurthe & Moselle
Martine Huot-Marchand, suppléante

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jeudi 17 juin 2021

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Actualités

Mardi 1er juin 2021

Le témoignage de Claude Alphandéry

Le témoignage de Claude Alphandéry
À l'occasion de la Journée nationale de la Résistance, les élèves de 5 établissements du Toulois ont échangé en visioconférence avec Claude Alphandéry, grand Résistant, président du Comité de Libération de la Drôme et lieutenant-colonel dans les Forces françaises de l'intérieur. Un temps de partage pour transmettre le sens et le goût de la liberté, de l'égalité et de la fraternité !
 

➡️  Fraternité, école, valeurs républicaines : retrouvez trois extraits de la rencontre

  • Fraternité
" Quelques mois après la défaite, on a commencé à sortir des petits journaux qui exprimaient un premier désir de résistance. J'ai commencé comme cela, j'ai commencé à distribuer ces petits journaux, à participer à leur rédaction et il a fallu les transporter dans d'autres villes (…) Entre 2 classes, j'arrivais à partir pour prendre le train, pour Montpellier, où j'étais chargé d'apporter ces journaux. Un jour, je me suis installé dans le train, avec une très lourde valise qui ne contenait que des journaux. Je la pose sur les filets au-dessus des banquettes et à côté de moi s'est assis une vieille paysanne qui elle aussi avait une valise et l'a mise à côté de moi. On a commencé à discuter ensemble de ce qu'il se passait, que la vie était difficile (…). On s'est rendus compte l'un et l'autre de ce qu'on pensait : on commençait à ne pas vouloir accepter ce type d'oppression naissante. Sans doute a-t 'elle compris ce que je faisais car lorsque quelqu'un a dit « la gendarmerie est dans le coin et ils sont en train de demander à chacun leurs papiers et de regarder les valises ». Alors, elle m'a touché le bras et elle m'a murmuré « votre valise sera la mienne, la mienne sera la vôtre : je suis trop vieille pour qu'ils aient envie de regarder, alors que vous c'est dangereux ». Et effectivement les gendarmes sont passés et ils n'ont pas regardé ma valise, ils ont donc regardé la sienne et donc là il y avait un geste de fraternité, j'ai senti que quelque chose s'était passé entre nous, j'ai eu le sentiment que je n'étais plus seul que ce combat commençait et commençait avec des gens que je ne connaissais pas et que je pouvais rencontrer. Il m'est arrivé beaucoup de choses de ce genre, des moments où se consolide le sentiment que l'on n'est pas seul à se battre "
 
  • École

Quel a été le rôle de vos enseignants dans votre engagement ?

"J'étais au collège et au lycée avant la déclaration de guerre, donc nous n'étions pas encore dans la résistance mais les enseignants ont joué à ce moment un très grand rôle. J'ai également été quelques mois en classe préparatoire pendant la guerre alors que l'ont été déjà en train de résister et 2 de mes professeurs ont joué un rôle important : mon professeur de philosophie Jean Lacroix et un historien, Monsieur Ours, qui était aussi très résistant. Mais d'une façon générale, avant même la guerre et qu'on parle de résistance, j'ai toujours eu le sentiment que ce que m'apportait l'enseignement, les enseignants c'était un sens, un sens aux mots. Chaque mot a un sens et quand ils sont ensemble dans une phrase cela a encore un autre sens. Le sens des mots, c'est quelque chose que l'on apprend par la grammaire, et ensuite par l'orthographe aussi. Tout cela a l'air un peu désagréable, ingrat au début, on se demande à quoi ça sert et on se rend compte que rapidement on dégage des faux sens, des contre sens, des doubles sens, que dans un mot il peut y avoir de la dérision, de l'ironie dans la façon de le prononcer, de l'écrire. (..) tout cela c'est l'apprentissage du sens, quel est le sens des mots. Mais il n'y a pas que les mots qui ont un sens, il y a les lignes. En mathématiques, un triangle n'est pas la même chose qu'un rectangle. Et bien entendu, tous les objets ont un sens, la nature a un sens.
Et je crois que du sens des mots, du sens des objets, on passe aussi au sens des évènements. Pas seulement les historiens mais tous les professeurs vous donnent envie de comprendre les évènements. Tout cela donne une sorte d'explication à la vie. Je tire de mon enseignement ce sens de l'explication, que toutes les choses ont un sens.
A partir de là ils nous donnent quelque chose de plus, c'est le sens de la complexité. Il y a des convictions, il y a des principes, mais il y aussi des différences et ces différences ne sont pas fatalement à refuser. On peut donner un sens a quelque chose et accepter qu'il y ait un sens un peu différent.
Et je trouve que l'enseignement apporte une richesse tout à fait formidable et il faut vraiment savoir en profiter. Je crois que, quand on en a bien profité, nous sommes mieux armés pour la vie. C'est une chose très importante. Ce qu'il se passe entre élèves et professeurs c'est une annonce de ce qu'il va se passer dans la vie. Il faut profiter de ce moment où l'on a un pic de relations tout à fait exceptionnelles que l'on ne retrouvera pas après dans la vie. Profitez en bien. Les exercices comme celui que vous faites dans ce cheminement vers la résistance c'est quelque chose qui vous permet de profiter pleinement de vos enseignants et votre enseignement."
 
  • Valeurs républicaines

En histoire, en enseignement moral et civique, nous évoquons souvent notre devise républicaine : "Liberté, Egalité, Fraternité". À partir de votre expérience personnelle, qu'est-ce qu'ont représenté ces trois mots et que représentent-ils encore pour vous ? 

"Et oui c'est la devise que l'on voit sur le mur de nos mairies, nous avons l'impression que cela a toujours existé, que c'est une évidence. Comment pourrait-on vivre convenablement sans être libre ? Comment pourrait-on accepter des inégalités criantes ? Comment ne pas se sentir frères par rapport à ceux qui nous entourent ? Le socle de ces trois mots ça n'est pas si évident mais c'est quelque chose d'essentiel. C'est le respect de l'autre, des autres êtres humains et le respect de la nature. Tout ne se résume pas à soi-même, on ne peut pas vivre sans la nature et on ne peut pas vivre sans les autres. Nous sommes indissociablement liés.
Si nous avons ce respect des autres, nous ne pouvons pas accepter autre chose que la liberté des uns et des autres. Chacun a le droit d'être tel qu'il est, même si on n'est pas tous conformes, on vit différemment, on est différemment, on se développe différemment. Ce n'est pas possible à la fois de respecter les autres et d'accepter que certains soient dans de conditions de vie moins bonnes voire insupportables. Bien entendu, lorsqu'on a ces valeurs d'égalité et de liberté, cela rend plus fraternel. Ce n'est pas qu'une obligation morale de respecter les autres, ce n'est pas quelque chose qui nous tomberait de haut. C'est un élan, un mouvement d'amitié voire un mouvement d'amour par rapport aux autres.
Je crois que l'on possède tous plus ou moins, à plus ou moins grand degré cet élan d'amitié, de fraternité, ce besoin de liberté et cette aspiration à l'égalité mais il y a des évènements, des personnes qui encouragent à la liberté, à la bienveillance, à la confiance et il y a des systèmes au contraire qui entravent cela, qui rendent la confiance plus difficile. Donc, je crois que l'exemple de la Seconde Guerre mondiale et de la Résistance, c'est bien celui d'un moment où tout ce qu'il peut y avoir de respect des autres en nous a été encouragé par les mouvements de Résistance. Résister à l'époque, c'était refuser, d'abord l'oppression, et c'était le sentiment que les uns et les autres étaient comme nous, des amis et qu'il fallait s'entraider. Les trois mots de liberté, égalité, fraternité ont, d'un côté, été bafoués par l'oppression la plus sauvage, la plus brutale et d'un autre côté, c'est au nom du respect de ces valeurs, du respect des autres que l'on s'est soulevés et que petit à petit les gens sont entrés dans la Résistance et sont entrés ensuite dans les maquis."
 
 
 
 
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