Dominique Potier
Député de la 5e circonscription de Meurthe & Moselle
Martine Huot-Marchand, suppléante

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mardi 26 mars 2019

Détail de la journée

A Paris - Assemblée nationale

8h30 Rendez-vous avec SUN'R
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10h30 Réunion du groupe Socialistes et apparentés
13h Participation au dialogue sur le bien commun européen
Conférence des évêques de France
15h Questions au Gouvernement
16h30 Vote sur le projet de loi Santé et vote  sur la création d'une commission d'enquête sur  "la situation et les pratiques de la grande distribution et de leurs groupements dans leurs relations commerciales avec les fournisseurs"
18h30 Bureau national du PS
 





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Actualités

Mardi 16 juin 2015

''La souffrance n’est pas une catégorie''

''La souffrance n’est pas une catégorie''

A lire et à partager :  le dernier éditorial de Jean-Claude Guillebaud.

Quand il disait que les journalistes devaient « porter la plume dans la plaie », le grand Albert Londres définissait assez bien ce que devrait être notre rôle. Oui, révéler ce qu'on cache, rappeler ce qu'on oublie, mettre en évidence et donner corps – c'est-à-dire réalité visible, palpable – à ce qu'on désigne trop souvent de manière abstraite. Après les derniers chiffres sur le chômage, j'entends parfois des commentateurs nous expliquer que l'économie se portent un peu mieux, mais que le « social », lui, est toujours en berne (par exemple en Italie, voire en Allemagne, où les « pauvres » sont plus nombreux qu'en France, même si les chiffres sont meilleurs).
 

Cette manière de parler est critiquable. Qu'est donc ce fameux « social » que les troubadours du discours dominant n'évoquent plus qu'avec un imperceptible agacement ? Comme s'il s'agissait d'un à-côté encombrant. En réalité, il désigne la vie vivante, les réalités charnelles, les fatigues additionnées, les souffrances qu'on tait. Le social, c'est le coeur même des choses, la chair et le sang du vivre ensemble. C'est – ou ce devrait être – l'enjeu prioritaire de toute espèce de politique. Le simple fait d'utiliser cet adjectif (« social ») comme un substantif (« le social ») équivaut à un tour de passe-passe langagier. On transforme ainsi la peine des hommes en une catégorie ni plus ni moins importante que « le financier », « le budgétaire », « le monétaire », etc.
 

Dans le langage de nos élites, le social se voit donc rétrogradé au rang d'une variable, même pas prioritaire : d'abord les comptes macro-économiques, les hommes et les femmes viendront après. Nous-mêmes, par inattention, parlons parfois ainsi. Quand nous évoquons le chômage, c'est surtout sur le registre de la quantité, du chiffre, du pourcentage. Combien de chômeurs de plus ce mois-ci ? Ce langage permet de tenir à distance la réalité embarrassante d'une tragédie malodorante, populaire et mouillée de larmes.
 

Quand il atteint ce niveau et cette durée, le chômage est bien autre chose qu'une série de chiffres. Il est une souffrance individuelle dupliquée à l'infini, une désespérance qui coupe la respiration, un dégoût de vivre qui progresse jusque dans les veines. Être chômeur, ce n'est pas seulement perdre son emploi et ses revenus. C'est vivre un effacement progressif, un exil injuste. C'est passer des journées entières à écrire des centaines de suppliques, à poster des CV en guettant d'improbables réponses. Et cela, mois après mois.
 

Les travailleurs sociaux savent bien ce qui se produit alors. Peu à peu, l'estime de soi s'effiloche. Le doute vous pénètre et vous vrille. Suis-je encore utile à quelque chose ? Demain, il faudra trouver un reliquat d'énergie pour aller dans une file d'attente, faire bonne figure devant les amis ou les enfants ! À force, bien sûr, le corps se défait. On mange mal, on grossit, on est envahi par une résignation qui flotte en vous comme un gaz toxique. Tel est le fossé qui sépare le bavardage médiatico-politique de cette immense souffrance individuelle, faite de chair et de sang. Pas un fossé, un gouffre !

 
 
 
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